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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 21:42
    Chaque année, le désormais célèbre "classement mondial des universités de Shangaï" permet aux éditorialistes et hommes politiques libéraux de mettre en cause la qualité de la recherche publique française.

    Chaque année, en effet, quelques grandes universités françaises se retrouvent noyées en queue de peloton de ce classement des 500 premières universités, anglo-saxonnes pour la plupart. Cette année, par exemple, la France  ne compte que 23 établissements d’enseignement supérieur dans ce classement, dont  seulement trois dans le top 100 : Paris VI Pierre et Marie Curie (en 40ème position), Paris-XI Sud (43ème place) et l’ENS Paris (70ème place). Cette mauvaise performance des universités françaises est souvent utilisée pour justifier une réforme en profondeur du système de recherche français.
Ainsi, le 22 janvier 2009, à l'occasion du "lancement de la réflexion pour une Stratégie Nationale de Recherche et d'Innovation", le président de la République dressait un portrait au vitriol de la recherche à la française. Dénonçant "un système d’universités faibles, pilotées par une administration centrale tatillonne", un "système infantilisant, paralysant pour la créativité et l’innovation", s'inquiétait de la faible productivité du chercheur français :

"La recherche serait-elle uniquement une question de moyens et de postes ? Comment donc expliquer qu’avec une dépense de recherche plus élevée que celle de la Grande Bretagne, plus élevée et environ 15% de chercheurs statutaires en plus, que nos amis Anglais, la France soit largement derrière elle pour la part de la production scientifique dans le monde ? Il faudra me l’expliquer ! Plus de chercheurs statutaires, moins de publications et pardon, je ne veux pas être désagréable, à budget comparable, un chercheur français publie de 30 à 50% en moins qu’un chercheur britannique dans certains secteurs. Évidemment, si l’on ne veut pas voir cela, je vous remercie d’être venu, il y a de la lumière, c’est chauffé…"

Outre les réactions outrées que cette déclaration avait provoquées, on trouve certainement dans cette position idéologique le silence gouvernemental total qui a accompagné le classement du CNRS en première position des organismes de recherche du monde entier par l'institut espagnol SCImago (en ce qui concerne le nombre de parutions scientifiques).

En effet, comment reconnaître la qualité aujourd'hui d'un organisme, le CNRS, dont on n'a cessé de décrier l'archaïsme hier ? Cela demanderait une bonne dose d'humilité et d'objectivité, qualités dont on sait à quel point notre cher président est fortement doté...

Alors, il est évident que ce classement élogieux pour la recherche publique française par l'institut SCImago (le CNRS est en tête du nombre de publications scientifiques au niveau mondial, l'INSERM en 13ème position) ne suffit pas à balayer d'une main l'ensemble des problèmes de la recherche.
Néanmoins, il a pour mérite de remettre les pendules à l'heure. La France occupe la 6eme place mondiale au nombre de publications et 4eme au nombre de citations : elle a moins de publications que la Chine et le Japon mais elles sont plus citées. Nous sommes loin du champ de ruines décrit par le président de la République.

Il serait donc souhaitable que le gouvernement abandonne donc ses oeillères idéologiques pour se lancer dans une véritable réflexion sur la recherche et cesse d'instrumentaliser certains classements discutables pour en écarter d'autres, moins favorables à ses présupposés.

Sources et ressources :
Par Boris Yarko - Publié dans : Enseignement - Recherche - Communauté : Libre pensée politique
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