Agriculture : Sarkozy ranime Bolkestein

Publié le par Boris Yarko

Le syndicat agricole Producteurs de Légumes de France (affilié à la FNSEA - le grand syndicat agricole de droite) se serait vu, selon ses responsables, proposer par le le conseiller de Nicolas Sarkozy pour l'agriculture, Christophe Malvezin, d'engager des ouvriers agricoles d'Europe de l'Est au salaire pratiqué dans leur pays d'origine.

Ce conseil viendrait répondre aux difficultés des exploitants français de légumes face à la concurrence européenne. Ces derniers se plaignent, en effet, du coût de travail en France et réclament, de ce fait en accord avec leur pente idéologique, une baisse conséquente des cotisations sociales.

Lors de son discours de Poligny (voir la video), le président de la République a présenté toute une série de mesures susceptibles selon lui de répondre à cette crise des prix agricoles (voir ici la synthèse qui en a été faite par la FDSEA de Seine et Marne).
L'une d'elles devrait permettre de réduire de 11,30 euros à 10,50 le coût minimal horaire du travail en exonérant totalement les travailleurs saisonniers de charges patronales.

En parallèle, mercredi dernier, le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a proposé devant l'Assemblée nationale de faire passer le coût du travail pour les saisonniers de 12 euros à «un peu moins de 9 euros» de l'heure à partir de 2010 afin d'améliorer la compétitivité de la filière des fruits et légumes.

Des mesures forcément insuffisantes, puisqu'en Allemagne les employeurs bénéficient d'une exonération totale des charges sur la main d'oeuvre saisonnière sans être tenus de respecter un salaire minimum.
D'où un coût horaire moyen du travail de 6 euros, impossible à concurrencer par les producteurs français.

C'est pourquoi le conseiller pour l'agriculture du président aurait suggéré  la semaine dernière à la présidente de Légumes de France, Angélique Delahaye, de créer des agences d'interim dans les pays de l'Est afin d'y recruter des ouvriers agricoles qu'ils pourraient payer au tarif local (soit 2 à 4 euros de l’heure) tout en les faisant travailler en France.

Denis Digel, administrateur de Légumes de France chargé du dossier des coûts salariaux et producteur de légumes en Alsace, a déclaré à Gilbert Reilhac de l'agence Reuters que cette proposition aurait été réitérée mercredi dernier à un responsable du syndicat dans le Vaucluse.
Avant d'ajouter : "Ils souhaitent nous aider à créer des structures d'intérim à l'étranger pour faire venir des salariés. Ce n'est pas du tout ce que veut la profession. On l'a toujours dénoncé (…), on ne peut pas tolérer qu’on fasse venir des travailleurs étrangers dans nos entreprises alors qu’on se bat pour le développement de l’emploi local."

L'Elysée, évidemment, dément. Christophe Malvezin a présenté sa version des faits à Reuters. Sa proposition aurait été "d'analyser ce qui se passe dans les autres pays" plus compétitifs que la France, conformément à la demande du président de la République "qui a demandé que l'on tienne compte de leur expérience".

"Ce n'est pas parce que les Allemands font venir des Polonais à des coûts polonais qu'on va le faire en France, mais il faut aller au bout de l'analyse", a-t-il ajouté

 

Un discours on ne peut plus ambigu. Si l'avantage concurrentiel des producteurs allemands de légumes tient dans le fait qu'ils font travailler des intérimaires des pays de l'Est au tarif de leur pays d'origine comment l'analyse de leur s pratiques par les producteurs français pourrait-elle mener à autre chose qu'à appliquer les mêmes méthodes ?

 

Ainsi Nicolas Sarkozy ranime-t-il le projet du commissaire Bolkestein de libéraliser le marché européen en passant outre ces abominables freins à la concurrence que sont les protections sociales (salaire minimum, dorit du travail, etc.) grâce au principe du pays d'origine : le salarié employé ponctuellement, le serait selon la législation de son pays d'origine.


Rappelons que cette directive, largement combattue par une large mobilisation poulaire, fut finalement adoptée au Parlement Européen grâce à un consensus entre le PPE (la droite européenne) et le PSE (le Parti Socialiste Européen).
La forme actuelle de la directive reprend le principe du pays d'origine, cependant certains emplois (liés aux services publics, à la santé, à la finance, etc.) en sont exclus et tout pays peut décider d'y déroger "pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique, de protection de l'environnement et de santé publique".

Selon une étude rendue publique le 17 février 2009 en France par l’Institut du porc (voir cet article de l'Humanité), plus des deux tiers des salariés de l’industrie de la viande porcine en Allemagne sont des travailleurs des pays d’Europe centrale fournis par des prestataires de services. Le coût de cette main-d’œuvre est de 7 euros de l’heure pour les industriels allemands de la découpe contre 15 euros avec des nationaux et 20 euros en France.
L’étude ajoute: « On estime que cette situation s’est traduite par un avantage de coût de la main-d’œuvre d’au moins 5 centimes par kilo traité en abattage-découpe. Les abattages allemands sont en forte croissance ces dernières années (…). Ce système gagne plusieurs pays européens comme l’Irlande ou le Royaume-Uni. On estime que l’Espagne bénéficie d’un avantage du même ordre. Le Danemark, l’Allemagne, l’Espagne ont aussi plus de facilité pour employer de la main-d’œuvre étrangère dans les élevages ».

C'est ainsi que Nicolas Sarkozy rejoint l'effort européen pour utiliser le dumping social pour remettre en cause toute entrave à la concurrence et toute idée de protection sociale.

Boris Yarko


Christophe Malvezin :

Le conseiller de Nicolas Sarkozy pour les questions agricoles et de pêche était, avant 2007, responsable des productions animales auprès du ministre de l'agriculture Dominique Bussereau.



Frits Bolkestein :

Rappelons que l'auguste commissaire Bolkestein est un droitier pur sucre, ancien du groupe pétrolier Shell (un gage de probité), ancien président du parti libéral néerlandais (le Volkspartij voor Vrijheid en Democratie) ainsi que de l'Internationale Libérale  et administrateur depuis 2005 de la Menatep, une sulfureuse banque russe.

Cette banque russe, en partenariat avec l'état du Luxembourg et la société Clearstream, mène une vendetta judiciaire au journaliste d'investigation Denis Robert, depuis la parution de son ouvrage Révélation$.

Il est amusant de noter que c'est le même Frits Bolkestein, devenu depuis administrateur de la Menatep, qui annonça en 2001 le refus de la Commission Européenne d'enquêter sur la chambre de compensation Cedel International-Clearstream malgré toutes les pièces fournies par Denis Robert dans son enquête.

Sources et liens :

Publié dans Clan Sarkozy

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